Sunday, 27 May 2012

"For the story" HBO's Girls

ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE
Girls la nouvelle série de HBO, écrite, réalisée et jouée par Lena Dunham me passionne. J'ai passé l'autre jour plus d'une demi-heure à expliquer ce qui s'est passé dans l'épisode 6 à ma meilleure amie, et essayer de faire passer ce qui me touche dans l'écriture scénaristique de cette jeune femme de 25 ans. J'ai passé aussi un peu de temps à lire un article (plutôt long) qui se focalisait sur l'approche et l'utilisation originale que Dunham fait du sexe dans la série, c'est à dire que le sexe fait avancer l'intrigue qu'il n'est pas une fin en soi mais qu'il est révélateur des relations entre les personnages (ce qui est nouveau et original dans la fiction américaine).
  Les critiques tendent à comparer Girls a des séries et genres préexistants (Sex and the city et les comédies romantiques) et à déterminer ce show par rapport à ça dans une optique postmoderne que le show en lui-même ne revendique pas. Je ne vois pas l'intérêt critique ou intellectuel de cette démarche. Girls n'est pas une série qui se gausse de références sauf quand celles-ci servent à un personnage sans personnalité, comme Shoshanna, à se définir.
Il est clair que Girls a pour matériel créatif la vie et l'expérience réelle, l'expérience du quotidien
 La série démarre alors que les parents d'Hannah lui annoncent qu'ils lui coupent les vivres, qu'elle va devoir se prendre en charge. Hannah vit à New York, elle partage un appartement avec Marnie, sa meilleure amie et veut devenir écrivain.
Elle a cette relation étrange avec Adam qui ne répond jamais à ses textos, n'est pas spécialement disponible pour elle, mais à un esprit original et utilise son imagination pour tout. Hannah a l'impression d'être utilisée, d'être un moyen d'atteindre une jouissance qu'elle ne partage pas physiquement mais peu importe ce qui l'intéresse c'est la jouissance intellectuelle... et on aurait tort de prendre Hannah pour une victime!
 Leur relation est physique, elle est faite d'une sexualité égoïste mais riche en histoires, en terreau imaginatif, et c'est ce qui passionne Hannah. 
Le terreau de cette série c'est la relation entre l'art et la vie, la vie et l'art
Lorsqu'Hannah travaille dans un bureau, où son boss, une sorte de sosie du père noël lui tripote les seins sous prétexte de massage, au lieu d'être choquée comme la bienséance le dicte elle écoute le conseil de Jessa qui lui dit de coucher avec lui “pour l'histoire”.
 Dans Girls il n'y a pas les twists à la con, ni les trucs de scénaristes que je ne peux plus voir en peinture (Robert McKee and co) ni non plus toutes les fantaisies charmantes de Bored to death
La série s'adapte au rythme de la vie, et si ennui il y a, elle l'explore, le dissèque, le questionne toujours avec grâce

 Et c'est ce que j'aime dans Girls et c'est dans cela que je me reconnaitrais, la série se passe dans le réel, l'ennui du quotidien, la vie et bien que nos héroïnes aient très peu de contrôle sur cette vie, qu'elles s'inquiètent du loyer à payer, elles essaient de saisir toutes les opportunités qui leur permettront d'être les auteurs de leur propre histoire.
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 I am very passionate about HBO's Girls. I spent half an hour this week explaining to my best friend what happened in episode six, how it echoed our lives and I tried to convey in what Lena Dunham's writing is amazing. I also spent quite a while reading an article about what is new in this show in the treatment of sex as part of the story and not something being a end in itself ( new to America, actually, I can think of a few French films where the treatment of sex is part of the intrigue and revealing about the characters' expectations, traumas, personalities...).
 Critics tend to compare Girls to pre-existing shows or genres (SATC and romantic comedies), and determining it from that... I don't see the point. I love Girls because instead of being referential it's using life as its material
Girls' first episode starts when Hannah's parents announce to her that they will stop supporting her, that she has to find a job. Hannah lives in New York she shares an apartment with her best friend and wants to be a writer. She has this strange relationship with Adam who never answers her texts, is quite unavailable but has an original mind and will use his imagination in everything... Their relation which is mainly physical, is of creative and selfish sex but it contains lots of storytelling and that's what passionates Hannah and passionates me watching this show. This whole series is about the thing that is the most interesting to me: the deeply strange relationship between art and life, life and art.
 Girls is honest, there are no stupid twists, no “Robert McKee” effing tricks, it takes it's rhythm from life, and if nothing happens, if life is boring, let's anyway explore and question this boredom with grace. 
When Hannah works in an office where her Santa lookalike boss has an habit of groping and massaging female employees breasts, instead of being shocked she listens to her friend Jessa's advice about fucking the old man just to see where it leads, “for the story”


 This is what I love about Girls, it takes place in an environment that we recognise as real and boring, and then it becomes what the characters are trying to do with it, how they try to write their own stories while they are in control of nothing and are worried about the rent.

Saturday, 26 May 2012

Gandahar / Light Years 1987


ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE
Les gandahariens vivent en harmonie avec la nature, ils pêchent et font la cueillette, vivent une vie simple, quand il commencent à être attaqués par un ennemi invisible qui les pétrifie. La reine Ambisextra et le conseil féminin décident alors d'envoyer le servant Sylvain en mission pour connaître ennemi et trouver un moyen de le détruire.
Dans sa quête Sylvain rencontre les transformés, des enfants de Gandahar nés d'expériences génétiques, ces êtres difformes et étranges ne parlent jamais au présent et n'utilisent que le passé et le future pour s'exprimer, car avec leurs déformations sont nés des pouvoirs psychiques qui font qu'ils ont été, et que voyant le future ils savent qu'ils seront, mais pour eux la notion de présent n'a aucun sens. Ils portent une prophétie qui dit: «  dans mille ans Gandahar sera détruite et son peuple massacré, et il y a mille ans l'inévitable a été évité et Gandahar a été sauvé ».
Sylvain se rend vite compte que les destructions sont dues à des hommes métal qui ont arrivent par la porte du temps et ont été créés par un autre enfant abandonné de Gandahar: le métamorphe, un cerveau géant qui vit au milieu de la mer excentrique.

Le charme de Gandahar est absolu, les dessins de Caza sont magnifiques. Le film prend son temps pour que la poésie visuelle y soit plus importante que l'intrigue, et nous pénètre par la peau. C'est de cette tranquillité que né la beauté, la sagesse apaisante de cet opus.
Troisième film de René Laloux, Gandahar est donc le digne héritier de la Planète Sauvage (1973) et des maîtres du temps (1982). Comme pour les deux premiers films Laloux a choisi un dessinateur important de la bande dessinée française:  Caza et adapté un roman de science fiction français (lui aussi) de Jean-Pierre Andrevon: les hommes machine contre Gandahar. Ce projet a mis plusieurs années avant d'être réalisé et une version américaine en a été faite. c'est la version française que j'ai vue. Même si ce film est sorti en 1987, il est évident que par sa tranquillité il porte beaucoup d'une vision du monde appartenant aux années 1970.

Ce qui est étonnant avec ce film de science fiction, c'est qu'il ne verse à aucun moment vers la culpabilité, la remise en question ou l'accusation, il reste toujours apaisé et fataliste. En effet Gandahar dans un temps antérieur à cette histoire a mené des expériences scientifiques qu'elle a abandonnée pour retrouver une vie naturelle, simple et dénuée de machines. La rencontre avec les erreurs du passé: le métamorphe ou les transformés n'apporte pas de changement, car la Gandahar conquérante est passée, et l'aventure « présente » ne va faire que confirmer le mode de vie des gandahariens
Ce film d'animation se distingue donc par son immobilité, c'est un film voyage, où l'histoire compte moins que l'expérience que l'on a vécu en le regardant. C'est un film profondément apaisant qui nous met en mode rêve.
J'ajouterais que je suis personnellement très fan de Caza depuis que j'ai trouvé ces oeuvres dans les vieux pilotes de mon père, s'il a beaucoup oeuvré pour la SF je voudrais vous inciter à jeter un oeil à ses albums Scènes de la vie de banlieue.

The Gandaharian live in harmony with nature, they are fishers and gatherers, they enjoy a simple life,until they are attacked by an invisible enemy which turn them to stone. Queen Ambisextra and the feminine council decide to send Sylvain, a soldier on a quest to find the enemy's identity and a way to destroy it.
In his quest Sylvain will meet the Deformed, they were created by Gandahar, were born from genetic experiments. Those beings with misshapen bodies only use the tenses of the past and the future to express themselves because with their deformity they were given psychic powers, the gift of foresight, they were and will be, but they are not. They carry a double prophecy «in a thousand years Gandahar was destroyed and its people killed. A thousand years ago Gandahar will be saved, and what can't be avoided will be. »
Sylvain learns quite quickly that the destructions are made by the metal men who came from the time door and have been created by an other forgotten child of Gandahar : Metamorphis, a giant brain which lives in the middle of the ex-centered sea.
The charm of Gandahar is absolute, the drawings of Caza are extremely beautiful, the film takes its time to make sure that its visual poetry will sink in you. This poetry is actually more important than the story in itself. Gandahar is one of these films which must be seen, not because you will learn something, but because you will experiment a new way of being, it's a film-travel, that gives you the opportunity of discovering an imaginary and gorgeous world. It's from its quietness that its beauty comes, its wisdom. No wonder that this project was started in the seventies though this film was released in 1987, it has “peace and love” qualities.
Third opus of René Laloux, Gandahar is a worthy heir of Fantastic Planet (1973), and Time Masters (1982).
Laloux chose an important illustrator, a star of French sci-fi comic strips: Caza (who also wrote one of the most surrealistic and fun graphic novel : Scenes of the suburb life that I discovered in daddy's old Pilotes) and also adapted a science fiction French novel, written by Jean-Pierre Andrevon. There was an American version of this film, here I am writing about the original version, not the Weinstein's which apparently had dialogues written by Isaac Asimov.
What is very surprising in this film is that if the Gandaharians are attacked this is not a consequence of their present way of life, they used to manipulate genes and to carry on dangerous experiments, but now they are peaceful, so whatever happens in the story is just proving that choices made years or centuries ago were the good ones. There is something motionless and fatalistic in this motion picture which also makes it poetic in its structure. Our point of view becomes the Deformed one : only the past and the future come to exist, the present is somehow null, thus this film-travel put us, busy people, in a mental place where we never never go: the letting go.

Thursday, 26 April 2012

Twixt, Francis Ford Coppola


ENGLISH VERSION COMES AFTER THE FRENCH ONE
Face à la page blanche lumineuse de mon macbook blanc je repense à Hall Baltimore (Val Kilmer) devant le sien avec sa bouteille de whisky et dont l'écriture se délite en même temps que le niveau de sa bouteille descend. Cette scène m'a fait penser à la fausse pub des nuls « bruckler »(ce qui m'a beaucoup fait rire).
Vous vous doutez bien que si j'écris sur Twixt c'est parce que j'ai adoré. Pour moi ce film est une exploration de la créativité.(twixt est en fait une sorte version argotique de between: entre)
Pour moi le pitch de Twixt est: une histoire extraordinaire est offerte, presque sur un plateau à un écrivain médiocre, sa psyché la traite avec brio, mais son rendu sur le papier (objectivé pour nous sur l'écran) sera grand guignolesque.
Toute l'histoire de Twixt est celle de la création et de sa difficulté première: traduire une sensation d'histoire (constellation d'idées, d'ébauches, inspiration non encore clarifiée en langage), convertir une vision mutlisensuelle, multiémotionnelle et sous-jacente en un courant linéaire de mots entrant dans un format littéraire.
Hall Baltimore, Stephen King de solderie, vient promouvoir son dernier livre dans une vallée oubliée de l'Amérique. La seule personne à lui demander un autographe est le vieux Shérif Bobby La Grange, qui veut l'intéresser au meurtre par pieu d'une jeune adolescente. Le vieil homme veut écrire le livre avec Hall. La petite ville a ses mystères : un massacre dans les années 50, Un Beffroi à 7 horloges donnant toutes une heure différente, et eut comme invité de marque Edgar Allan Poe. Bientôt pour Hall le rêve se mêle à la réalité, et une jeune fille, Virginia, 12 ans en faisant 13 vient le hanter, Poe devient son totem, il le guide dans l'histoire de l'assassinat, les méthodes d'écriture et l'ouverture de sa propre psyché.
L'esthétique du film est très travaillée, les rêves sont en noir et blanc façon nuit américaine, avec des éclats de rouges par moment, avec lune, étoiles et forêt de conte de fée. Cette nuit fait écho à celle d'un des films les plus beau du monde: La Nuit du Chasseur, qui partage avec Twixt cette ambiance magique, le thème de la protection et de l'assassinat des enfants et celui du fou religieux qui voit la sexualité, le mal partout.
Twixt est donc résolument post moderne, et en voyant la petite Elle Fanning qui dit qu'elle a douze ans mais en fait treize je pense aussi à Lolita (plus cette fois au roman de Nabokov qu'à l'adaptation de Kubrick, car elle n'est pas ici provocatrice mais victime). 
Le côté malsain que porte aussi Edgar Poe dans cet amour de la mélancolie et celui  très décadent romantique de la petite fille Virginia (qui fût sa muse) est contrebalancé par l'amour paternel et absolument pas ambiguë de Hall Baltimore qui a perdu sa fille du même âge et se rend à peine compte que c'est en fait sur elle qu'il veut écrire, et que c'est d'elle dont il rêve. 
Les vampires sont  une critique de l'effet de mode, l'opportunité pour le shérif et l'éditeur de gagner or et célébrité, ils sont aussi l'excuse pour ne pas regarder les choses en face: le monde dans toute sa bêtise perverse, sa peur de la sexualité.

Ce qui me passionne dans Twixt c'est que non seulement ce film raconte une histoire extrêmement émouvante mais qu'il s'explore en même temps, proposant mille entrées et n'essayant pas malgré tout de séduire le spectateur. Je pense que toute personne qui créer doit le voir, c'est un film magnifique!
                   
In front of the luminous white page of my white macbook, I am thinking of Hall Baltimore ( Val Kilmer) in front of his, with his bottle of whisky and his style which is disintegrating while the level of the liquid in the bottle is subsiding.
You can easily guess that if I am writing about Twixt, it is because I loved it. I haven't read yet any interviews of Francis Ford Coppola about this opus, but in my opinion this film is an exploration of what creativity is.
To me Twixt could be summed up this way: an extraordinary tale is offered to a mediocre writer, his psyche treats it brilliantly, but the result as an opus will be absurdly gory and beside the point.
The outline of Twixt is the path of creation and its inbuilt difficulty of converting a rustling of inspiration, a constellation of vague ideas not yet clarified into language, of translating a multi-sensual, multi-emotional and underlying vision into a straight stream of words, into a literary format.
Hall Baltimore, a « bargain basement » Stephen King, is promoting his latest book in a forgotten American valley. The only person asking him for an autograph is the old sheriff Bobby La Grange, who wants to get Baltimore's attention on the murder of young girl who was found with a stake in her heart. The old man longs to write a novel with Hall. The small city has its mysteries: a mass murder in the fifties, a belfry with seven clocks (none giving the right time), and had as a guest Edgar Allan Poe. Soon for Hall dreams get mixed up with reality, and a young girl, Virginia, twelve looking thirteen comes to haunt him, Poe becomes his totem guiding him through the story of V's murder, writing methods and to opening up to his own psyche.
The aesthetics of this film are very elaborate: the dreams are in black and white, filmed in day for night, with sparkles of red. The Moon, the stars, and the forest are fairytale like. And this magical night echoes the one from one of the most beautiful film ever made: The Night of The Hunter, which shares with Twixt the themes of protecting and murdering children, and of mad religious man who sees evil and sex everywhere.
Twixt is very post-modern, and seeing young Elle Fanning, it's hard not to think of Lolita (Nabokov's not Kubrick's because here she's the real victim). The morbid side also held by the character of Poe ( Ben Chaplin) with his love of melancholic and of the 13 years old Virginia (his muse) is counterbalanced by the fatherly and non ambiguous love of Hall who lost his teenage daughter in a violent accident and is not really aware that it's in fact on her that he wants to write, and that it's about her that he is dreaming.
The fake vampire story is a critic of how society handles youth, it's the opportunity for the sheriff and the publisher to earn gold and celebrity. They are an excuse not to look at thing straightforwardly: the world in its perverse stupidity and its fear of sex.
What fascinates me in Twixt is that this film not only tells a very moving story but in the same time explores its narrative mechanisms, offering a thousand keys, without trying to seduce the viewers. I do think that anyone interested in creation should see Twixt, it's a marvellous film.
                     

Wednesday, 21 March 2012

Space Firebird, Phoenix l'oiseau de feu, Hi no tori 2772, Osamu Tezuka, 1980


            

 ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE

Cela fait un an que des catastrophes naturelles ont entrainé, au Japon, l'accident (les accidents) nucléaire de Fukushima. J'ai été choquée de lire il y a quelque jours sur le site d'un magazine que j'estime beaucoup ( the New Scientist), un article d'opinion instituant que les accidents de Fukushima et de Tchernobyl ne peuvent pas être comparés dans leur dangerosité. Cet article m'a semblé grandement irresponsable, l'auteur comparait des statistiques, or les ONG présentes à Fukushima le disent, le gouvernement japonais n'a pas pris ses responsabilités et continu de nier la catastrophe et de ne pas mesurer le taux réel de radioactivité des environs de la centrale. De nombreux reportages et notamment la magnifique série documentaire d'Arte Récits de Fukushima ( que vous pouvez regarder en cliquant ici) montrent que les japonnais s'ils veulent se protéger et protéger leurs enfants doivent se faire tester en secret ou s'acheter des compteurs Geiger, que la nourriture n'est pas tracée, et que mesurée en supermarché la radioactivité est très souvent supérieure au maximum endurable par un corps humain... Rie Inomata qui s'exprime dans le huitième épisode explique qu'avant la défaite de 1945, la nature étant considérée comme sacrée, elle était extrêmment respectée, cette connexion culturelle et très profonde s'est perdue sous la domination américaine.
                                                   
Je suis toujours surprise de voir à quel point le thème de la destruction de la Terre et du Japon sont présent dans la culture des animés et des mangas.
Phoenix, l'oiseau de feu a été produit en 1980, et fut à sa création le long métrage d'animation le plus cher du cinéma japonais. Inspiré par la série de manga du même nom, du même Osamu Tezuka, l'histoire, ici, se focalise sur la dernière partie de la série, celle qui se passe dans le future  (un avenir dans lequel on décide de la carrière d'un bébé selon son ADN) les humains creusent alors la Terre pour en tirer la toute dernière source d'énergie, tout en déniant sa mort à venir et omniprésente. Godo élevé pour devenir un pilote a pour mission de capturer le Phoenix, cet oiseau de feu qui renait de ses propres cendres et existe depuis la nuit des temps.

Il y a dans ce film beaucoup de thèmes classiques de la japanimation.

_l'amour entre robots et humains.
Dans la science fiction occidentale, les robots (les machines), ont tendance quand ils “s'humanisent” à se retourner contre leurs créateurs. Il y a toujours ( en Europe et aux états unis) une sorte d'angoisse liée à la technologie, la peur que nos créations nous assassinent: Frankenstein, 2001 l'Odyssée de l'espace, I Robot, Alien...(on peut excepter à cette règle le cas des enfants robots qui sont alors les héritiers du Pinocchio de Collodi : A.I., D.A.R.R.Y.L). Cette anxiété est probablement liée à la culpabilité chrétienne et au tabou de jouer avec la vie... le Japon a l'imagination technologique et morale beaucoup moins restreinte ( beaucoup moins complexée) on ne compte plus les mélanges entre humain et technologique, entre artificiel et organique. Me viennent à l'esprit Ghost in the Shell, Evangelion, Chobbit...
Dans Phoenix, l'oiseau de feu Olga, le robot nourrice a été la première présence a forme humaine dans la vie de Godo, et dès sa première scène elle est un personnage très chargé sexuellement: pour se transformer en moto de l'espace elle met ses jambes derrière ses oreilles, elle a des formes généreuses et se ballade tout le temps à moitié nue, elle semble présenter une infinité de capacités érotiques (qui ne sont bien sûre jamais explorées)... Elle s'enseigne à ressentir pour plaire à Godo.
                                              

-Une société de castes dans laquelle les humains ne sont que des instruments.
Godo et Rock ont été conçus in vitro, et leur chemin de vie a été déterminé par l'ADN. S'ils refusent d'obéir, ils deviendront, comme tous les rebelles, prisonniers des camps. Les camps sont dessinés comme une analogie de l'Enfer. Ils sont sous terre, et les prisonniers doivent récupérer de la lave. Godo y est envoyé parce qu'il est tombé amoureux d'une jeune femme de l'élite. Le film à ce moment-là devient similaire à ces péplums dans lesquels le héros tombé en disgrâce à cause de ses amours est envoyé aux galères, on sait très bien que c'est toujours à ce moment-là que la véritable aventure commence.


La destruction de la Terre.
Dans les bonus du DVD, un des collaborateurs de Tezuka explique que quand la nature est mise en scène dans ce film, elle est filmée en full animation ( 24 images par seconde) alors qu'on sait très bien que la marque de fabrique de Tezuka était pour qu'elle soit moins chère et viable d'utiliser moins d'images pour l'animation. Si vous connaissez l'univers du pape et père du manga moderne, vous savez tout comme moi à quel point Tezuka considérait que l'homme n'est qu'un élément de la nature, et que la vie d'un animal a autant de valeur que celle d'un humain... Miyazaki avec ses magnifiques contes écologique est dans la ligne directe de l'idéologie de Tezuka...Dans le monde dans lequel vit Godo, seul les sénateurs mangent des fruits et des légumes frais, les autres n'ont jamais vu une pomme ou un champignon comme on l'a dit la terre se meurt.
Lorsque cette destruction devient effective dans le film, c'est alors une symphonie terrifiante et magnifique, terrifiante parce qu'elle ressemble à ces images vues dans les actualités, et parce qu'il y a de fortes chances pour que de telles catastrophes arrivent par nos mains. Il y a tellement de mangas qui se passent avant, pendant ou après une catastrophe de ce type (Survivant, Melody of Oblivion, Akira...) qu'il est évident que c'est un thème qui travaille le Japon.
Bien entendu ce pays, a toujours existé sur un sol instable ( je me souviens, enfant, découvrir cette réalité en regardant la série Shogun). Le Japon est situé au croisement de plusieurs plaques tectoniques ( voir mon article sur The Sinking of Japan) et a toujours été habitué aux caprices de la nature. Bien entendu à cela est venu s'ajouter le “twist technologique” des bombes atomiques de Nagasaki et Hiroshima qui ont détruit les humains de manière encore plus vicieuse et étrange : voir les derniers films d'Akira Kurosawa : Rêves et Rapshodie en aout....
Phoenix, l'oiseau de feu se balade entre ces trois thèmes, avec quelques personnages comiques pour faire rire les enfants (plus les classiques héros de tezuka, professeur Moustache, Rock, Black jack...). Comme l'anneau des Nibelungens de Matsumoto ce film se rapproche beaucoup de l'opéra. Fait en 1980 il contenait déjà tous les thèmes que continuent d'explorer les artistes de l'animation japonaise contemporaine: l'écologie de Miyasaki y est déjà, les dictatures étranges vu dans Jin Roh, le travail d'Oshii...
Phoenix, l'oiseau de feu, est un classique, très beau et facile à aimer...


 

It's been a year now, since natural catastrophes in Japan lead to the nuclear accident of Fukushima. I was shocked a few days ago to read an opinion article on the New Scientist website, that mainly conveyed the idea that nothing really dangerous happened in Japan, and that the accident can't be compared with the 1986 explosion of the Chernobyl power plant. The mistake of the article writer was basically to compare numbers while it has been said many times that the government of Japan didn't release the real statistics of radioactive contamination. To know the truth people have to buy their own Geiger counter or to secretly be tested in facilities installed by associations. A beautiful ArteTv series of documentaries called “récits de Fukushima” taking the testimonies of individuals display another image of reality different from the one conveyed by governments and officials. Children can't play outside anymore, food is not traced and important amounts of radioactivity are found in supermarket storage....Rie Inomata who speaks in the eighth episode explains that Japan used to have a culture and a vision of the world extremely connected and respectful of Nature, and that it is under the domination of USA that they lost their connection with the environment.

I am always amazed to see how the topic of the destruction of the Earth and Japan is present in the manga and anime culture.
Phoenix 2772 was made in 1980 and was at the time of its creation the most expensive Japanese animation. Inspired by Osamu Tezuka's manga series, “phoenix”, the story focuses on the last part, where in the future,( while the babies' DNA decides what their career will be) humans are digging for the last breath of earth's energy denying its imminent death. Godo raised to be a pilot has as a mission to capture the phoenix, this magical eternal bird who when he dies is reborn from its own ashes.

There are many classic themes of Japanese animation in this film.
                                     
-Love between robots and humans.
In western science fiction, robots tend to turn against their masters when they are becoming emotional. There is always a sort of angst towards technology, the fear that our own creation could kill us: Frankenstein, 2001 space odyssey, I robot, Alien... ( we can except the cases of child robot like in AI and D.A.R.R.Y.L.) this anxiety probably comes from remains of Christianity and the taboo of creating life... Japan is much more open-minded about mixing technology and humanity, artificial and organic : Ghost in the Shell, Evangelion, Chobbit...
In Phoenix 2772 Olga the wet nurse robot is the first humanoid presence that Godo get connected with, and she appears first like a very sexual object: the way her legs go behind her ears to transform her into a space motorcycle, the way she's dressed that shows lots of skin... She teaches herself emotions to be able to please Godo, and Godo's wish will be to use the phoenix has a blue fairy and transform Olga/Pinocchio into a human being.
-A society of casts where human are only clogs.
Godo and Rock were conceived in vitro, and a path of life is chosen for every babies from their DNA. Then if they don't obey they'll be prisoners of the camp. The camp is drawn like an analogy of Hell. It's underground and the prisoners are dealing with lava. Godo is sent there because he fell in love with a girl from the elite. The dramaturgy gets really close to a peplum's: Godo seem to be sentenced to the galley and we know that is from there that his real adventures will start.
The Earth's destruction.
    In the extras of the dvd one of Tezuka's collaborator explains that it is only when nature is showed that Tezuka used full animation, when the characters were speaking he used this technique that made the Japanese animation efficient and cheap of not using 24 images per seconds. If you've read Tezuka's mangas, seen its TV series, and films you know what is ecological message was, he considered that humans and animals were equals and that life in all its forms was precious... Miyazaki has the same ecological ideology... In the world where Godo lives only the senate eats fresh food none of the others have heard of apples, and mushrooms.
    The animation of the Earth's destruction is a ten or twenty minutes symphony, altogether scary and beautiful. Mostly scary because there are chances that our planet will die under our hands. There are so many mangas which take place after/ during a massive destruction: Survivor, Melody of Oblivion, Evangelion, Akira...
    Of course Japan has always been on the junction of tectonic plates, and has been used for ever to nature's whims, to that was added the technological twist of the atomic bombs of Hiroshima and Nagasaki which destroyed humans in a more vicious and strange way: watch Kurosawa's Dream or Raspodhy in August...
Phoenix 2772 derive between those three themes, and comedic characters who are clearly present to make children laugh. Very operatic like Matsumoto's Ring of the Nibelungen. This film seemed in 1980 to contain the themes of the future of Japanese animation: the ecology of Miyazaki's opuses, the obsession of dictature painted in films like Jin Roh, Oshii's work...
Phoenix 2772 is a classic, beautiful and lovable...

Monday, 5 March 2012

Une Belle Fille Comme Moi/ Such A Gorgeous Kid Like Me, 1972, François Truffaut



ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE


Individuellement les films de François Truffaut sont romanesques, drôles, sublimes ou mystérieux; dans leur ensemble ils sont faits de récurrences, de scènes primitives rejouées, moquées ou sublimées (qui dialoguent entre films et enrichissent leur interprétation). Sa filmographie est un grand éventail d'indices et de mystères à résoudre, et c'est pour ça que malgré le temps qui passe je ne m'en lasse jamais et voit et revoit ses oeuvres avec délectation. Une Belle Fille Comme Moi est le seul que je n'avais pas encore vu, j'ai réparé,samedi, cette erreur à la cinémathèque.



Il s'agit d'une comédie, adaptée du roman du même nom de Henry Farrell. Elle met en scène Camille Bliss, Bernadette Lafont, en “petite garce” avançant dans la vie grâce à ses amants, et Stanislas Prévine, André Dussolier, jeune professeur de sociologie qui se laisse embobiner.
Le schéma du film pourrait être un mélange entre celui de la sirène du Mississippi (Camille comme Marion manipule les hommes pour arriver à ses fins), celui de la mariée était en noir, car l'histoire avance au fur et à mesure des rencontres masculines. Il serait une prémisse comique du scénario de La Petite Voleuse ( que mit en scène Claude Miller directeur de prod d'Une belle fille comme moi), reprend sur le mode parodique l'évasion du « centre d'observation des mineurs » des Quatre cents coups... Bien sûre Bernadette Lafont est toujours en fuite... L'Amour en Fuite....


Stanislas Prévine écrit une thèse sur les femmes criminelles, et rencontre régulièrement en prison Camille pour qu'elle lui raconte son histoire. Le film est donc écrit du point de vue détaché d'une femme qui ne s'implique jamais émotionnellement. Le meurtre de son père, scène primitive de sa criminalité est mis en scène de façon burlesque: Philippe Léotard (qui joue aussi le rôle de son mari, Clovis Bliss), y porte un coussin de comedia del arte sur le ventre, et la petite Camille s'envole littéralement avec un coup de pied au cul...
En expliquant son premier “meurtre” elle le qualifie d'”accident de la fatalité”: mais elle a retiré l'échelle sous les pieds de son père.


Elle se mari, a des amants qui lui sont tous utiles à quelque chose. Mon préféré est Arthur le dératiseur catholique, joué par le fantastique Charles Denner (vierge dans ce film alors qu'il allait devenir L'Homme Qui Aimait les Femmes). Il hurle comme une fille voyant Camille nue à l'arrière de sa camionnette.



Pour l'innocenter, accompagné d'Hélène (Anne Kreiss, une copie presque conforme de la Christine Darbon (Claude Jade) de Baisers Volés ) sa secrétaire amoureuse de lui ( ici le rapport blonde/brune (méchante/gentille) de Vivement Dimanche est inversé), Stanislas part à la recherche de films amateurs. Stanislas et Hélène découvrent alors que c'est un petit garçon appelé Michou et passionné de cinéma qui possède l'indice clef. Dans un premier temps l'enfant refuse de montrer le film car il n'est pas terminé puis alors que la projection s'opère il ne s'intéresse pas à l'action extraordinaire qu'il a filmé: un homme qui se jette du haut de la cathédrale, mais seulement à la qualité des images. Ici Truffaut fait une critique très malicieuse de ces critiques ou cinéastes qui ne s'intéressent qu'à l'aspect technique des oeuvres sans être capable d'y voir l'essentiel c'est à dire s'il se passe ou non quelque chose d'intéressant à l'écran!




C'est Truffaut qui disait que « les films respirent par leurs défauts », et Une Belle Fille comme moi a quelques défauts: il n'est pas toujours très bien joué, mais, il est drôle, spirituel, rythmé, et créatif. Bernadette Lafont y est superbe et à moitié nue les trois quart du temps. Et en voyant ce film, je me suis sentie comme chez moi!




   
 ENGLISH VERSION
 

Individually, each François Truffaut's films are romantic, hilarious, sublime or mysterious; as a whole they're made of recurrences, primitive scenes replayed, mocked or sublimed ( these, dialogue from opus to opus and enhance our understanding of Truffaut's cinema). His filmography has a big range of clues and mysteries to solve, and that is why, besides the passing time, I still watch and re-watch his work with delectation. A Gorgeous Girl Like Me was the only one that I had never seen, now it has been repaired: I saw it Saturday at La cinémathèque Française.


                                                        
It's a comedy, adapted from Henry Farrell's novel. It's focusing on Camille Bliss ( Bernadette Lafont), a «little bitch » using men to get what she wants, and Stanislas Prévine (André Dussolier), a young sociology teacher that she hoodwinks.
                                                        
The outline of the film could be a mix between Mississippi Mermaid's (Camille like Marion uses men), The Bride Wore Black, because the story moves from man to man. It could be a premise of The Little Thief's script (Claude Miller filmed it, and was part of A Gorgeous Girl Like Me's staff), of course Camille is always on the run... Love on the Run... She escapes from the “centre for observation” like Antoine Doinel in The Four Hundred Blows...
Stanislas Prévine is writing a thesis on criminal women, and regularly meets Camille to listen to her story. She's is jail. So this film is written in flash backs from the point of view of a detached woman, who never commit emotionally. The murder of her father, primitive scene of her criminality is directed like a farcical movie: Philippe Léotard ( who also plays Camille's husband Clovis Bliss) wears a comedia del arte cushion as a belly, and makes little Camille literally fly when he kicks her ass...
She qualify her first « murder » as a fate incident: she removed the ladder under her father's feet!
She marries, and has lovers who all have a purpose in her plan. My favourite is Arthur, the catholic rat-catcher, played by the amazing Charles Denner (in this film he's a virgin, while in The Man who loved women, he'll be a womaniser). He screams like a little girl when he finds Camille naked in the back of his truck.
                          
To prove her innocence, accompanied by Hélène (Anne kreiss, almost a mirror image of Christine Darbon (Claude Jade) in Stolen Kisses) his in love secretary (here the Confidentially Yours relation Blonde/brunette (bad/good) is inverted), Stanislas is searching for amateur films. Stanislas and Hélène then discover that it's a little boy passionate about cinema called Michou who possesses the key clue. First the little boy doesn't want to show an unfinished film, then while the projection is operating he's not interested by the extraordinary action that taking place on the screen ( a man is jumping from the top of the cathedral), the only thing that matters for this little boy is the cinematography's quality.
Here Truffaut throws a mischievous blow to those critics and filmmakers only interested in the technical side of films, when what's more important is what goes on the screen ( action, characters' relationship...).

                     

He's the one who said ( and I second that) that « films breathe by their faults », and A Gorgeous Girl Like Me has some: it's not always well played, but it's hilarious, witty, rythmed and creative. Bernadette Lafont is superb, and spend half of the time half naked. I felt at home watching this opus.